L’aliénation…

 

Une impossible utilisation

 

L’impossible utilisation de ces outils s’origine d’une part à travers un clivage institutionnel des animateurs dits de première génération formés à partir de 1992 (G1) utilisateur de la « Mallette » et ceux dits de deuxième génération formés avec les « nouveaux modules » à partir de 2006[1] (G2), d’autre part à travers l’absence de délibération dont la fonction est d’évacuer les confrontations collectives et de fragmenter les collectifs. (Clot, 2010). D’autre part le passage d’un programme « G1 » à un programme « G2 » n’a jamais été validé scientifiquement. Aucune étude n’a montré ou démontré une différence statistique concernant l’efficacité d’une formation (G1) sur une autre (G2). Le programme G2 est le résultat d’une prise d’otage d’un système clanique qui impose un mode de pensée.  Une prise d’otage qui s’apparente à un Lobby,  dont le rôle est d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes. (Lamarque, 1994).

Or ce clivage institutionnel neutralise la composante historique de l’activité. Composante « qui donne le sentiment à des professionnels, même de génération différente, le sentiment de vivre la même histoire ». (Roger, 2007). Ce faisant, pour vivre la même histoire, ces professionnels, organisés en binômes interchangeables, soient construisent le métier tout en le faisant, soient font le métier sans le faire. Une construction du métier risquée. Assimilée à de la transgression par les fidèles et les dévots, le métier se construit sans confrontation dans la peur de l’exclusion. Bien que s’appuyant sur la dimension personnelle de l’activité, squelette du métier, cette construction risquée créative et inventive ne se délocalise pas ou peu.

Reste alors à faire le métier sans le faire, anesthésié, sans participer à la dimension générique du métier. La prolifération d’outils clandestins tels les clips vidéo téléchargés sur Internet, ou PowerPoint bricolés, revisités ou décorés avec parfois des goûts douteux en est une réalité. Il s’agit ici du sentiment de vivre une histoire mais une histoire qui n’en n’est pas une. Un faux sentiment de vivre parce que cette histoire là, pour le dire avec Nietzsche, n’existe même pas car elle n’a pas été encore mise en couleur. (Nietzsche, 1993). Elle est une histoire impersonnelle, dans laquelle les outils mis à la disposition de tous n’appartiennent à personne. Évacués de la fonction du collectif qui permet une véritable délibération, non pas entre les concepteurs mais entre les connaisseurs, ces outils sont inutilisables parce que personne ne peut se reconnaître dans ces outils, mais tellement rassurant qu’ils en deviennent aliénants.

 

Entre aliénation sociale et l’aliénation culturelle.

 

Alors que F Chatenet (2006) nous propose une forme d’autonomie dans « l’ajustement de stratégies individuelles », ce que l’on pourrait trivialement nommer autrement, elle nous demande en même temps de s’émanciper de ce qui est non pas aliénant mais plus aliénant, comme si l’aliénation était convenue. Or l’aliénation s’origine exactement dans l’ajustement des stratégies individuelles qui souvent morbide empêche le répondant collectif, véritable ressort de rappel de l’action. Notons au passage qu’il existe deux types de stratégies individuelles celles qui donnent le ressort de l’action et celles qui sont utilisées en tant que stratégies défensives qui lorsqu’elles deviennent délétères se transforment en mécanismes défensifs. Par cette proposition F. Chatenet se situe dans un réel où la culture de l’outil fait écran à sa perception. De telle sorte que,  institution et experts s’accordent sur une fiction où les outils se donnent à voir sous la figure du savoir. Or cette rupture d’un lien avec le réel est justement le signe d’un processus d’aliénation.

Ce faisant, « le plus aliénant » serait alors que chacun s’accorde sur cette fiction du réel. Ce que Sigault appelle l’aliénation culturelle. Mais si ce rapport au réel, autrement dit l’activité réelle des animateurs et ce qui fait résistance, n’est pas partagé entre les animateurs et seulement entre eux alors cette aliénation devient sociale. Ainsi, la division et l’absence de partage qui se déploient dans l’interchangeabilité des binômes, participent à une stagnation de l’activité à l’intérieur d’un processus de domination et d’instrumentalisation. Processus d’aliénation qui s’origine sur une embolisation de la pensée.

 

A suivre…

 

[1] Appels d’offres de la DSCR (juillet 2004)

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