LES TROIS MOTS

LES TROIS MOTS

Alain Sabathié

            La plus représentative de toutes les séquences G2 est sans doute celle dite des ‘’Trois mots’’. Quelle est la place de cette séquence dans le programme G2, quel est son rôle, comment doit-elle se dérouler et quelles sont les difficultés rencontrées par les animateurs ? 

            Rappelons que la G2 comprend 4 phases : ‘’Prise de contact, Diagnostic, Analyse des influences, Ajustement’’. Ces quatre phases s’enchaînent avec logique et donnent une certaine cohérence au stage, à condition d’éviter certains écueils.

            Nous avons déjà expliqué que la première phase, dite ‘’Prise de contact’’, est entièrement reprise de la G1 et occupe généralement la totalité de la première journée, pour différentes raisons sur lesquelles nous ne reviendrons pas.

            C’est donc à l’aube de la seconde journée que commence le programme véritablement G2, avec la phase dite de ‘’Diagnostic’’. C’est là que ça se complique, car chacune des trois phases G2 est subdivisée en trois séquences qui doivent être abordées dans l’ordre. Pour celle qui nous intéresse aujourd’hui (‘’Diagnostic’’), ces trois séquences sont : ‘’Représentations, Attentes et Auto-évaluation des comportements’’.

            La séquence dite des ‘’Représentations’’ donne le choix entre deux exercices : les ‘’Trois mots’’ et Photolangage®. Nous y sommes ! (Photolangage® sera examiné plus tard). C’est cette fameuse séquence, dite des ‘’Trois mots’’, la première du programme G2, que nous examinons maintenant.

            Quel est l’objectif visé ? Il s’agit de faire émerger les représentations sur divers thèmes liés à l’automobile. Chez les individus aux tendances frustes (un profil assez répandu dans les stages, semble-t-il), ces représentations ne sont pas vraiment conscientes, d’où l’intérêt d’une introspection. Une amorce de réflexion qui sera ensuite approfondie à travers les autres séquences du programme.

            Comment cette séquence doit-elle se dérouler ? Précisons d’abord qu’il ne faut pas confondre les ‘’Trois mots’’ avec les ‘’Trois phrases’’, exercice ex-G1 destiné à mettre en évidence la cécité cognitive (en gros : le cerveau zappe l’anomalie qui entre en conflit avec ce qu’il a appris.)

            Comme son nom l’indique, la séquence des ‘’Trois mots’’ s’articule autour de trois mots directeurs imposés qui sont ‘’vitesse, infraction, loi’’. L’animation se déroule en trois temps (en G2, tout va par trois !) :

  • Dans un premier temps, chaque stagiaire est invité à noter sur une feuille de papier trois mots ou expressions qui lui viennent à l’esprit et que lui inspirent les mots ‘’vitesse, infraction, loi’’.
  • Répartis ensuite en 3 ateliers (un par mot directeur ; une remarque au passage : ‘’sous-groupe’’, quel vilain mot !), les stagiaires recueillent les propositions, les classent par catégories et leur attribuent un nom.
  • Enfin une synthèse permet de dégager les représentations les plus riches de sens.

            Quelles sont les difficultés que peuvent rencontrer les animateurs ?

  • D’abord le timing du stage. Idéalement, cette séquence devrait se situer à l’entame de la seconde journée, afin de marquer une rupture avec le programme de la veille (G1) et ouvrir une perspective vers la suite du programme (G2). Dans les faits, à cause des retards accumulés, elle n’arrive souvent qu’en milieu de matinée. C’est le dernier moment possible car, en début d’après-midi, elle n’aura plus aucun intérêt.
  • Ensuite, la gestion du temps. Alors que Photolangage® peut durer jusqu’à 1h30, la séquence des ‘’Trois mots’’ n’est prévue que pour 1 heure maximum. Dans les faits, je ne l’ai jamais vue se terminer dans les délais.
  • Les problèmes d’organisation. Certains animateurs se présentent les mains dans les poches, sans préparation ni matériel. Du coup, c’est la course vers la réception de l’hôtel pour récupérer quelques misérables feuilles de brouillon usagées que les stagiaires ne manqueront pas de déchiffrer, polluant ainsi l’exercice. Sans parler du découpage ‘’à l’arrache’’ desdites feuilles, du format timbre poste qui en résulte parfois, ou de l’absence de stylos… À ce propos, rappelons cette règle : un animateur doit se présenter sur les lieux du stage bien avant le début de la séance, afin de s’assurer que tout le matériel nécessaire à l’animation est en place (tableau, feutres, vidéoprojecteur, rallonge, questionnaires en nombre suffisant, feuilles de papier brouillon vierges, stylos…) S’agissant de la séquence dite des ‘’Trois mots’’, cela signifie concrètement que le découpage au format A6 (dit ‘’quart de feuille’’) doit être effectué la veille à la maison, sur du papier vierge, à l’aide d’un massicot de bureau (environ 15 € sur le net) qui seul peut garantir une découpe régulière, c’est une question de respect dû aux stagiaires. Répétons-le : aucun problème de logistique ne doit perturber le déroulement de l’animation.
  • Le rôle des animateurs : par incompétence ou par paresse, certains animateurs se contentent de distribuer des bouts papiers avec de vagues consignes, mais s’interdisent ensuite d’intervenir dans le travail des stagiaires. Ceux-ci, livrés à eux-mêmes, ont toutes les peines du monde pour trier, nommer ou dégager une synthèse. La solution de facilité qui consiste à ne retenir que les mots les plus fréquemment cités retire à cet exercice une bonne partie de son intérêt, alors que les représentations à la marge sont souvent les plus productives. Il revient aux animateurs de les repérer et de les exploiter. Ohé les ‘’spécialistes de l’humain’’ (sic), c’est le moment de montrer ce que vous savez faire !
  • Un choix discutable : les trois mots directeurs imposés sont ‘’vitesse, infraction, loi’’. Sont-ils judicieux ? Tout animateur curieux, créatif ou rebelle ne manquera pas d’en expérimenter d’autres. Il semble que ceux qui fonctionnent le mieux sont ‘’voiture, autorité, loi’’ : le mot ‘’voiture’’ pour la relation à l’objet, le mot ‘’autorité’’ pour la relation aux autres (famille, employeur, Forces de l’ordre…), le mot ‘’loi’’ pour le rapport abstrait à la règle. Cependant, d’autres combinaisons sont possibles, à vous de les tester… Par contre, les mots ‘’vitesse’’ et ‘’infraction’’ sont à bannir, car il en a déjà été question la veille lors des ‘’Présentations’’, inutile de raviver les rancœurs. Un accommodement parfaitement légitime si on considère que la séquence suivante (‘’Attentes’’), peut déboucher sur son exercice phare : ‘’Mettre en mots son ressenti’’, dans laquelle sont évoquées les sensations provoquées par la vitesse et l’infraction. En bref : évitons les redondances. Et rappelons que les séquences doivent être traitées dans l’ordre, mais le choix des exercices dépend de la manière dont réagissent les stagiaires, il ne peut pas être décidé à l’avance.

            En résumé : les ‘’Trois mots’’ est une séquence relativement facile à mettre en œuvre, celle sur laquelle il est difficile de faire l’impasse puisqu’elle ouvre la porte à toutes les autres. C’est donc bien ‘’la’’ séquence emblématique de la G2. S’agit-il pour autant d’une création originale ?

            Les lecteurs de la revue Pratiques Psychologiques se souviennent d’un article publié en 1996 (dix ans avant l’apparition de la G2) intitulé « La conduite automobile, un espace potentiel pour l’apprentissage, la socialisation et l’insertion. », article reproduit intégralement dans le n°10 de feue La lettre de l’ANFM en juillet 1997. Que pouvait-on lire dans cet article ? Ceci :

            «  Avec les méthodes d’association libre à partir d’un mot inducteur (‘’voiture’’, ‘’conduite’’ ou encore ‘’vitesse’’), (…) il ressort que les représentations inhérentes à la voiture et à la conduite sont multidimensionnelles (…) et peuvent être regroupées en neuf thèmes :

  • Dimension utilitaire (…)
  • Voiture nuisible (…)
  • Rêve et fantasmes (…)
  • Mythe (…)
  • Plaisir (…)
  • Jeu (…)
  • Fonction signe (…)
  • Objet technique et esthétique (…)
  • Objet sexuel (…) 

            Ces représentations semblent pouvoir s’organiser autour de trois axes : le réel, le symbolique et l’imaginaire… etc. etc. »

            Un article particulièrement intéressant à plus d’un titre. Qui en est l’auteur ? Un certain… Christian Lefebvre ! Mademoiselle Webber n’a donc rien inventé !

                                                                                                          Alain Sabathié

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